- Realpolitik->
La politique, c'est un sujet qui m'intéresse. Pas la petite politique politicienne, à base de réseaux, de chasse aux postes et de népotisme. Mais une certaine idée de la politique. La grande, la vraie, celle qui porte un projet, un souffle. Alors à un moment ou à un autre vient l'idée de s'engager. Alors on regarde l' « offre » politicienne et on cherche ça, ce grand souffle qui va changer le monde. Mais y a pas. Alors on baisse ces exigences. On se dit qu'il faut être « pragmatique » (uuurrrgggghhh, que ce mot me file des boutons), que l'on peut essayer de trouver quelque chose qui se rapproche de son idéal. Et là, un ami déjà encarté vient vous voir et vous dit que là où il est, c'est pas parfait, mais c'est quand même mieux qu'ailleurs et que de toutes façons, on peut essayer de faire changer les choses de l'intérieur. Et effectivement, l'herbe y semble plus verte. Bien sûr, ça et là, il y a des trucs sur lesquels on tique, mais bon, l'ensemble semble tenir debout. Et puis vient le temps où on se rend à un Conseil National à Paris, histoire de rencontrer d'autres jeunes militants de la France entiére. Des gens fort sympathiques, enthousiastes et dynamiques. Et vous vous dites que oui, effectivement, il y a peut-être moyen de faire quelque chose içi. Et là, comme on dirait dans le commentaire d'une émission de Courbet, « c'est le drame ». On assiste à la fin du Conseil National avec tous les représentants des fédérations. C'est l'heure de voter le texte final de la réunion. Et une phrase heurte l'oreille. Une référence à la « repentance perpétuelle » qui serait nuisible à la « raisonnable fièrté » (sic) que l'on peut avoir d'être français. Ça s'agite dans l'assemblée. Sur le moment, ça rassure, on se dit qu'on n'est pas les seuls à ne pas goûter cette remarque qui renvoit directement à ce texte illégitime et dégueulasse sur le rôle positif de la colonisation. Quelqu'un se lève (on apprendra plus tard que c'est une opposante systématique au bureau) et prend la parole pour dénoncer cette phrase. Mais pas sur le principe. Non, ce qui semble géner içi, c'est que le mot repentance venait d'être utilisé par Sarkozy * et qu'il ne fallait surtout pas qu'on puisse penser que le parti prenne ses patins. Ça remue, ça piapate et un des big boss, voyant qu'il y a du mou dans la corde à linge de l'obéissance partisane, cherche à faire voter le texte au plus vite avec cet argument massu destiné à faire taire immédiatemment toutes les critiques: « ce texte a été écrit par notre président » ! Une vague de protestation atteint jusqu'au fond de la salle, mais ce n'est qu'un cri de vierge effarouchée car quand vient l'heure du vote (à mains levées, évidemment), on vote massivement pour, personne ne vote contre et ceux qui s'étaient ouvertement opposé s'abstiennent courageusement ! Grandeur et décadence de la vie quotidienne d'un parti politique. Pour ma part, j'en viens à m'interroger sur le bien-fondé de mon implication là-dedans. A quoi bon militer quand votre pire ennemi se révéle être le parti lui-même ? Pire. Les partis en tant que tel sont-ils encore des instruments valables de la vie politique ? La discipline de parti qu'ils imposent est-elle encore acceptable ? On l'a vu lors du dernier réferendum.De grandes figures se sont mis en porte-à-faux par rapport à leur direction et la base n'a pas suivi les recommandations venues d'en haut. En haut justement, on considére trop souvent le parti comme une machine de guerre, un simple outil pour mener des batailles électorales (c'est flagrant avec l'UMP de Sarkozy). Alors les partis politiques ont-ils encore un intérêt ? Et si non, quelles structures pourraient émerger pour les remplacer ?
* Rigolo: sous le correcteur d'orthographe de Canalblog, Sarkozy est remplacé par Sarcome. Rappellons que le sarcome est une "tumeur qui a la couleur de la chair" (dixit le dico de l'Académie française). Je trouve que ça lui sied bien !