Les sales petites choses
Vu hier soir DIRTY PRETTY THINGS (2002) de Stephen Frears.
Okwe (Chiwetel Ejiofor) est un immigrant nigérian illégal. Alors qu'il était médecin dans son pays, il assume deux boulots pour survivre: chauffeur de taxi et receptionniste de nuit dans un hotel. Il loge chez Senay (Audrey Tautou), une jeune turque en régle qui lui loue son canapé. Un soir, Okwe va trouver un coeur humain dans les toilettes d'une des chambres de l'hotel. Il va ainsi découvrir que son supérieur, Juan La Fouine (Sergi Lopez) opère (c'est le cas de le dire !) un sinistre trafic d'organe dans l'hotel: des immigrés se font prélever un organe dans des conditions ignobles en échange de faux papier de qualité. Peandant ce temps, Senay est surveillé par l'Immigration, ce qui lui vaut bien des désagréments...
Le film part sur les chapeaux de roues en nous dépeignant la vie des sans-grades immigrés de la ville de Londres. Multitudes des petits boulots (Okwé est un vrai zombie à cause de ces deux boulots), les malversations des profiteurs (le patron de l'atelier clandestin), la brutalité des services d'immigration (la meilleure scéne du film, c'est le débarquement des deux inspecteurs dans le petit appartement de Senay, tout est dit en 3 petites minutes), le tableau est plutôt noir. Lorsqu'on aborde ensuite l'intrigue du trafic d'organes, le rythme se fait plus lent, les personnages prennent corps, laissant aux acteurs de jolis personnages à defendre (Audrey Tautou domine l'ensemble du casting d'une bonne tête quand même). Néanmoins, on aurait préféré que le film garde la nervosité rageuse du début. Stephen Frears est un cinéaste engagé qui aurait pu rentrer un peu plus dans le lard d'une société individualiste, desintégratrice et excluante. Il est encore plus dommage que la fin du film, après un retournement bien jouissif, tombe dans le happy-end et le tire-larme facile. Le film qui ne roulait plus que par le talent de ses acteurs en perd beaucoup de son charme.