29 février 2008
THE ATHEIST #1-4 (Image Comics/Desperado Publishing)
« -My dear, I
don't believe in anything. I know or I do not know. Belief is
worthless.
If your god falls out of
heaven tomorrow i'll walk up, shake his hand, tug his beard, ask him
who shot JFK, and then I'll know god. Until then he does not exist.
-So what you doing then
?
-Something
dangerous.Thinking. »(1)
(The
Atheist #3)


Dans un pays où la religion est
un principe constitutif de la nation, voir un comic-book s'intituler
THE ATHEIST se révèle être une petite surprise.
Serait-ce un brûlot contestataire sur la religion ? Une attaque
en règle des bonimenteurs de la foi ? Non, car, Phil Hester
(2), le scénariste de la mini-série, se fend d'un édito
dès le premier épisode pour nous expliquer que THE
ATHEIST s'appelle ainsi parce que c'est plus cool que The Logician ou
The Skeptic. Et s'excuse d'avance d'offenser les athées ! Le
Politiquement Correct frappe encore.


Ce premier épisode nous présente
Antoine Sharpe, un intervenant spécial du gouvernement
américain, spécialisé dans les affaires étranges
touchant à la sécurité nationale. Sharpe n'est
pas un militant de l'athéisme, c'est un logicien. Il observe,
expérimente et conclue. Sceptique de nature, comme St Thomas
D'Aquin, il ne croit que ce qu'il voit. Moins qu'un athée,
Sharpe est plutôt un agnostique qui considère
l'existence de dieu comme indécidable, faute de preuves. Il
est aussi un adepte du Rasoir d'Occam, cet outil intellectuel qui
veut que la solution la plus simple soit toujours la meilleure. Sharp
n'est il d'ailleurs pas le mot anglais pour aiguiser ? Véritable
scalpel intellectuel, Antoine Sharpe traque la vérité
derrière de soi-disant phénomènes paranormaux.
C'est aussi un être cynique pour qui la fin justifie les
moyens. Sa première apparition nous le montre d'ailleurs en
train de pousser le gourou d'une secte à se suicider avant de
montrer sa tête décapitée à ses disciples
pour les empêcher de massacrer les élèves d'une
école.


Pour autant, dans cette mini-série
en quatre épisodes, il va être confronté à
une menace paranormale tout ce qu'il y a de plus réel. Des
morts se réincarnent dans les corps d'adolescents. Tous
convergent vers la ville de Winnipeg où ils épuisent
leurs nouveaux corps dans des fêtes sans fin, célébrant
leur retour à la vie. D'abord réticent, il doit
pourtant bien admettre la véracité de cette menace. Sa
rencontre avec la réincarnation de Benjamin Franklin provoque
d'ailleurs la mort du père de Sharpe. L'impossible enfin
admis, il va devoir mettre en place une stratégie qui
nécessitera un grand sacrifice et un choix moral difficile.


Personnage atypique que ce Antoine
Sharpe dont l'intelligence et la froideur tranchent avec le
tout-venant des héros américains. Il y a un peu du Tao
d'Alan Moore dans cette figure. Une scène du numéro 4
évoque d'ailleurs beaucoup WILDC.A.T.S #21 et le numéro
griffonné sur un bout de papier. Sharpe évoque aussi
le personnage de Monk de la série télé avec ce
corollaire, l'intelligence supérieure se paient. Tout comme
Monk est handicapé par ses tocs, Sharpe se révèle
être un semi-autiste, incapable de conduire, ne tolérant
que des vêtements blanc ou jaune, lisant avec difficulté.
Tout comme son personnage, le parcours de la mini-série fut inhabituel. Publié par le label Desperado chez l'éditeur Image, la série devait à l'origine être une série illimitée. Mais le retard s'accumulera assez vite. Il faudra presque un an pour publier les 3 premiers numéros, illustrés par John McCrea dans un superbe noir & blanc. Quand au quatrième épisode, c'est un an et demi plus tard qu'il atteindra les stands. Entre temps, le label Desperado est devenu un éditeur à part entière et McCrea a quitté le navire, laissant la place à un jeune artiste, Will Volley (3), au style différent, lorgnant du coté de John Buscema et de David Lapham. La sortie de ce numéro 4 permettra également de conclure l'histoire courte qui courrait depuis le #2, The Inn Between de Mike Raicht et Dalibor Talajic (4). Après la réédition en trade paperback, une nouvelle série est annoncée chez Desperado, toujours par Hester et Volley. Mais cette fois, elle sera simplement titrée ANTOINE SHARPE. Au pays du God bless America, afficher THE ATHEIST sur une couverture semble toujours poser problème !
(1)
« -Ma chère, je ne crois en rien. Je sais ou je ne
sais pas. Croire est sans valeur. Si votre dieu tombait du ciel
demain, j'irai le trouver, lui serrerai la main, tirerai sa barbe,
lui demanderai qui a tué JFK et alors je connaîtrai
dieu. D'ici là, il n'existe pas.
-Que
faites vous alors ?
-Quelque
chose de dangereux. Je réfléchis. »
(2)Principalement connu comme dessinateur (SWAMP THING, GREEN ARROW), Hester est un scénariste occasionnel. Il a notamment écrit THE COFFIN chez Oni Press (SARCOPHAGE en VF chez Semic).
(3)Qui prépare également une adaptation en BD de la pièce de Shakespeare, ROMEO ET JULIETTE pour Classical Comics.
(4)Un duo qui a signé depuis la série DEADWORLD chez Desperado.
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