03 juin 2011
-> De toute première classe !
Vu X-MEN LE COMMENCEMENT de Matthew Vaughn.
Après les foirades artistiques que furent X-MEN 3 (de Brett Ratner) et X-MEN ORIGINS: WOLVERINE (de Gavin Hood), il était temps que Bryan Singer reviennent sur la franchise qu'il avait brillamment mis en scène dans les deux premiers films. C'est chose faite avec ce X-MEN FIRST CLASS. Hélas, pas en temps que réalisateur, mais du moins en temps que producteur et co-scénariste, postes où il a pu largement avoir de l'influence sur le produit final. Et cela se voit, bordel !! Là où les films de Ratner et Hood n'étaient que de gros produits de consommation courante, ce cinquième film de la saga reprend les fondamentaux: des personnages bien campés et l'accent mis sur le thème principal, la lutte contre la discrimination.
Nous sommes en 1962. Les mutant ne sont pas encore connus du grand public, mais déjà un jeune chercheur, Charles Xavier, les a pris comme sujet d'étude. Et pour cause. Il en est lui même un, détenteur du pouvoir de télépathie. Il a recueilli dans sa jeunesse une autre jeune mutante, Raven, qui peut se métamorphoser en n'importe qui. Il l'a toujours considéré comme sa petite sœur, mais celle-ci commence à voir ses hormones la travailler et aimerait bien qu'il la voit autrement. En parallèle, un autre mutant parcourent le monde à la recherche de ses bourreaux nazis qui ont assassinés ses parents dans les camps, dont un en particulier, qui l'a torturé pour qu'il développe ses pouvoirs sur les métaux. Il s'agit, bien sûr, d'Erik Lensherr, futur Magneto. Charles et Erik sont appelés à se rencontrer et à forger le futur des mutants, alors que le Club des Damnés complotent pour organiser une Troisième Guerre Mondiale atomique.
Prequel à X-MEN, premier du nom, l'action se déroule donc en 1962 qui offre également un contexte international propice avec la hantise d'une guerre atomique que fait peser sur le monde la crise des missiles de Cuba. Mais surtout, les sixties offrent un terrain de jeu visuel au réalisateur qui se lâche dans ce domaine avec des costumes et des décors très kitsch. Notamment avec tout ce qui concerne le Club des Damnés et surtout leur sous-marin très James Bondien*. Matthew Vaughn s'amuse également comme un petit fou dans les scènes d'action, à la différence de Singer qui n'a ne les a jamais très bien réussies (à part la mythique scène d'ouverture de X-MEN 2). Le combat aérien entre le Hurleur et Angel au-dessus des flottes américaines et communistes est à ce titre très réussi, notamment avec ces plans vus comme si on tournait en super 8 depuis les bateaux. On a également droit à quelques scènes en split screens et, dans la même veine, les parties du film où Erik traque les criminels de guerre nazis et où il attaque une résidence d'un général communiste évoquent largement, dans leurs ambiances, les films d'espionnage de l'époque. Michael Fassbender y fait d'ailleurs preuve d'un charisme faramineux qui ne le ferait pas dépareiller en repreneur de James Bond. On a longtemps annoncé un X-MEN ORIGINS: MAGNETO qui n'a jamais vu le jour, mais il y a fort à parier que ces scènes en sont des survivances. Et avouons le, tout un film avec Fassbender dégommant du nazi, ça l'aurait bien fait. En comparaison, James McAvoy fait bien falot. Néanmoins, ils sont suffisamment bons acteurs tous les deux pour donner à leur relation toute l'épaisseur nécessaire et porter les contradictions de leur deux personnages. On assiste donc, dans ce film, aux débuts de la confrontation entre Xavier et Magneto, à l'opposition entre les deux conceptions qui les animent. La cohabitation pacifique avec les humains pour Charles, l'extermination vengeresse d'une menace pour Erik. Deux conceptions radicalement différentes, deux frères ennemis qui lutte pour la même cause, mais pas avec les mêmes moyens. On reconnaît là les figures célèbres de Martin Luther King et Malcolm X qui ont écartelées la lutte pour la reconnaissance des Noirs aux États-Unis durant les années 60. L'analogie est évidente, même si elle n'est étonnamment pas exploité dans le film. Mais surtout, le film parle d'une problématique qui secoue toute minorité: faut-il absolument s’intégrer à la majorité en se cachant ou, au contraire, arborer fièrement sa différence, quitte à se marginaliser ? C'est tout le drame qui se joue autour de Mystique (Jennifer Lawrence), personnage tiraillé entre ces deux hommes et représentant symboliquement (par son pouvoir et sa forme originale) les deux chemins.
* Le Hellfire Club (en v.o) était, de toute façon, dès sa création dans le comic-book par Chris Claremont et John Byrne, largement inspiré par les séries d'espionnages anglaises des années 60-70 types CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIR et DEPARTEMENT S.
28 décembre 2010
-> A la poursuite du rêve américain
Lu OCTOBRE ROUGE de Tom
Clancy.
Tom Clancy, c'est un peu
une part de mon adolescence. Faut dire que je n'étais pas peu fier
de terminer les quelques 900 pages et quelques de la version poche de
LA SOMME DE TOUTES LES PEURS. Un gros pavé, engloutis en quelques
jours, bien aidé par un virus quelconque car je l'ai fini alité,
ca, je m'en souviens. Et aussi bien aidé par le style de Clancy. Du
style à l'américaine. Celui dont on tire du best-seller à la
pelle. Des phrases courtes, précises, des chapitres courts, des
rebondissements incessants qui vous gardent sur le bord de votre
chaise. Bref, du pur divertissement destiné à finir dans un club de
livres style France Loisirs. Mais ce qui faisait la spécificité de
la prose de Clancy, c'est son hyper-documentation. Des arcanes
politiques de la Maison-Blanche au moindre matériel du troufion de
base, tout y est décrit et décortiqué avec précision, avec des
sigles et des anecdotes à l'avenant. De fait, une fois rentré dans
un bouquin de Clancy, l'immersion est totale. On s'y croit de bout en
bout, même s'y on en comprend que la moitié. C'était sans doute un
de mes premiers contacts avec le sous-genre du techno-thriller,
sous-genre que si Clancy n'a peut-être pas créé, du moins l'a-t-il
largement popularisé durant les années 80-90. On est là dans la
continuation mainstream du cyberpunk à la Gibson, ou, en tout cas,
dans l'héritage contemporains des Alistair McLean ou Arthur Hailey.
Des bouquins d'aventure fortement documenté, parfois au point de
frôler l'anticipation (Jules Verne faisait-il le techno-thriller de
son époque, tiens ?). Voire même l'uchronie puisque le héros
fétiche de Clancy, Jack Ryan, finira Président des États-Unis. Une
grande part des romans de Clancy forment en effet un ensemble
cohérent, une espèce de Ryanverse, où chaque opus raconte
une part de l'ascension de Jack Ryan.
Avec OCTOBRE ROUGE, nous
sommes au tout début de sa carrière. Le professeur d'Histoire
Navale et consultant à la CIA ne fait qu'un brève visite à
Washington afin de déposer à son supérieur les photos d'un nouveau
sous-marin soviétique ultra-silencieux que les anglais ont prises,
l'Octobre Rouge. Ce qui ne devait être qu'une mission rapide
va vite dégénérer lorsque l'on se rend compte que ce nouveau
sous-marin vient de disparaître. Et que son commandant, Marko
Ramius, a laissé une lettre indiquant qu'il filait droit vers les
États-Unis. Mais dans quel but ? Passer à l'Ouest ou
déclencher une guerre ? Ceux qui ont vu le film A LA POURSUITE
D'OCTOBRE ROUGE de John McTiernan connaissent déjà la réponse. Et
on serait gré aux autres de faire comme eux et de regarder le film
pour avoir la fin. Cela leur évitera de se fader un livre qui est
certes efficace, mais qui tire à la ligne (a quoi sert la scène du
crash de l'hélicoptère en pleine mer ?) et qui laisse bien trop
voir sa mécanique et ses ressorts. Faudrait que je relise LA SOMME
DE TOUTES LES PEURS, mais je n'avais pas le souvenir d'une intrigue
aussi téléphonée et clichetonneuse. Alors peut-être que c'était
caché par la multiplicité des points de vue, ou bien que je suis
devenu moins bon public, mais en tout cas, OCTOBRE ROUGE souffre
défavorablement de la comparaison. Mais ce qui est surtout gênant,
c'est la fin, d'un impérialisme bas-du-front assez gerbant. Il faut
voir les marins américains vanter les mérites de leur beau pays,
rempli de centres commerciaux et où tout le monde à un ordinateur
Apple, devant des russes incrédules, transformé en mômes ignorants
auquel on fait miroiter un merveilleux jardin d'enfant. A leur en
croire, il n'y a pas de discrimination sociale, pas de pauvres, tout
le monde y est beau, libre et riche, à condition bien sûr de le
vouloir et de travailler dur. Ronald Reagan a qualifié de bouquin de
« roman parfait ». On ne peut que le comprendre tant la
fin ressemble à de la mauvaise propagande républicaine (y en a t-il
de bonnes, me dirait vous...*). On savait Clancy plutôt porté à
l'aile droite de l'échiquier politique, il annonçait effectivement
la couleur, et sans nuances, dès son premier roman. Bien
heureusement, le film de McTiernan occulte complétement cet aspect
et réduit l'intrigue à son strict minimum, ce qui en fait l'un des
rares cas où l'adaptation cinématographique se révèle supérieure
au livre d'origine. Il faut dire qu'un film de McTiernan avec Sean
Connery (le Sean barbu, le mieux :-) ) et une musique de Basil
Poledouris, ca ne pouvait être que bien. Le choix -pour moi- est
donc vite fait.
* Dans le même genre, en plus récent, de bonnes âmes conservatrices se sont offusquées d'une banale histoire de Batman où le Chevalier Noir vient en France et recrute -outrage !- un jeune Musulman des banlieues pour l'aider dans son combat contre le crime !
24 mai 2010
-> Splendeurs, vicissitudes et décadences des empires
(Enfin) lu THE WINTER MEN #1-5 et THE WINTER MEN WINTER SPECIAL de Brett Lewis et John-Paul Leon.
Ca aura été un peu le parcours du combattant, cette mini-série. D'abord prévu chez Vertigo (deux pages figuraient même en preview dans le numéro anniversaire des dix ans du label en 2003), le projet sera finalement publié dans la collection Wildstorm Signature en août 2005. Initialement prévu en 8 numéros, la mini-série sera en cours de route réajusté à 6. En cause, des ventes faibles et des retards dans la production. Pour finir, en trois ans et demi, il y aura 5 numéros et un numéro special plus épais pour terminer l'intrigue. De quoi décourager les plus patients. Néanmoins, Brett Lewis et John-Paul Leon sont arrivés au bout de leur peine. Et quel peine. Ils nous plongent tête la première dans la Russie post-Soviétique, la Russie corrompue, engluée dans le capitalisme le plus débridée.
Pour nous mener dans cette visite, Kris Kalenov dit le Poète. Un ancien Spetnasz devenu flic, ou du moins
homme à tout faire du Maire de Moscou. Kalenov est aussi un ancien membre du programme Winter, programme soviétique destiné à créer des surhumains pour contrer ceux des américains. Afin de contrôler et de surveiller ces surhumains, des unités de soldats en armures furent mises en place, dont l'une dirigée par Kalenov. Après bien des années passées à oublier, cette période de la vie du Poète revient le hanter au cours d'une enquête sur le kidnapping d'une fillette et l'oblige à reprendre contact avec les survivants de son unité.
Pour autant, l'argument SF est, de loin, le moins primordial de WINTER MEN. En fait, à part quelques reférences, ce n'est vraiment que dans le Special qu'apparaîtra le seul et unique surhumain de l'histoire. Ce qui intéresse avant tout Lewis, on l'a dit, c'est la plongée dans la Russie actuelle. Et il faut avouer qu'elle est particulièrement réussie. On sent qu'un gros travail documentaire -rare chez les scénaristes américains- a été effectué et il se ressent, par petites touches, à travers les dialogues (souvent drôle et plein de verve), les traductions d'affiches ou de tatouages... L'impression de s'immerger est encore plus accentuée par le superbe dessin de John-Paul Leon qui réussit l'exploit d'être à la fois sobre et détaillé, conférant un grand réalisme aux décors de la ruine sociale qu'est devenue la Russie. Lewis dépeint un pays entièrement bouffé par l'invasion culturelle des Etats-Unis, par l'avidité et le capitalisme. Pour autant, l'on continue de s'amuser dans la Russie moderne. Et la camaraderie n'est pas un vain mot. L'épisode le plus réussi est sans le doute le quatrième, qui n'a strictement rien à voir avec l'intrigue principal, mais qui voit Kalenov et son ancien partenaire devenu chef de gang partir en virée une journée entière. Pendant que Kalenov escorte un jeune prisonnier, son partenaire en profite pour régler ses petites affaires de racket ! On boit, on se bagarre, on prend même sous son aile le jeune suspect qu'on embarque dans une mission commando pour voler... une table de McDo. Un parfum de folie douce plane sur l 'épisode, avant sa conclusion, particulièrement cynique. Comme l'a dit Kalenov dans l'épisode précèdent, c'est une histoire russe. Pas de climax pétaradant qui résout tout dans une carthasis de violence. La violence est là, mais la vie continue après, amère, mélancolique...
Vu LA CITE INTERDITE de Zhang Yimou.
Une tragédie shakespearienne à la sauce chinoise, c'est ainsi qu'on pourrait résumer ce film. Même si résumer est une tâche un peu ardue dans ce cas. Tenez vous bien. Nous sommes en 928 après J.C. L'empereur Ping règne sur la Chine et rentre d'un long voyage. A la Cité Interdite, demeure du souverain, c'est l'effervescence pour préparer son retour. L'y attends sa femme l'Impératrice Phoenix, qu'il a épousé en seconde noce, et qui, malade, doit prendre régulièrement un remède concocté par son mari. Celle-çi entretient une relation incestueuse avec son beau-fils, Wan, premier enfant de l'empereur, dont la mère est décédée. Mais ce dernier a de plus en plus de mal à assumer l'amour de sa belle-mère. Il aimerait refuser le trône que lui destine son père et partir au loin avec la femme qu'il aime vraiment, Jiang Chang, la fille du médecin de la Cour. Avant de rentrer, l'Empereur souhaite rencontrer discrètement son second fils, Jai, et le provoque en duel pour l'humilier. Il est persuadé que Jai convoite le trône et espère ainsi lui faire comprendre qu'il n'a aucune chance. Néanmoins, conscient de la valeur guerrière de Jai, il consent à lui offrir le commandement de la Garde Royale le temps de la Fête des Chrysanthèmes. Seul Yu, le dernier des trois fils ne semble pas avoir d'histoire. Il semble cependant surveiller tout le monde de très près. Peu de temps après, l'impératrice a la confirmation d'une espionne que le remède que lui impose son époux est empoisonné. Elle se confie à Jai et lui apprend qu'elle complote depuis plusieurs semaines contre l'Empereur. Pour sauver sa mère, Jai consent à participer au coup d'Etat en mettant la Garde Royale à son service. Pendant ce temps, Wan découvre l'espionne de Phoenix et la présente a l'Empereur Ping. Ils apprennent qu'il s'agit de la femme du médecin de la cour, la mère de Jiang Chang. Mais la découverte du visage de la femme destabilise l'empereur qui renvoie toute la famille du médecin hors de la Cité Interdite. Wan rejoint néanmoins sa bien-aimée qui lui apprend un détail qui met le jeune homme aux quatre-cent coups. Il pressent le coup d'état de sa belle-mère et repart au palais la confronter, aussitôt suivi par Jiang Chang. Juste après leur départ, les assassins de l'Empereur attaque la famille du médecin. Celui-ci meurt, mais sa femme s'échappe et part secourir sa fille. C'est l'ouverture de la Fête des Chrysanthèmes et la célébration va se transformer en carnage lorsque tous les protagonistes seront réunis et que le secret de l'Empereur sera révélé.
Pfffouuu, comme vous le voyez, faut s'accrocher. Malheureusement, la conclusion ne se révélera pas aussi excitante que le laissait présager la longue construction scénaristique. Certes, tout se termine en bain de sang (la petite fouine de Yu s'en prend plein la gueule par son padre) et par une gigantesque bataille rangée, mais au final, les oppositions attendues ne se déroulent pas vraiment et tout se termine de façon trop réactionnaire, avec la figure de l'Empereur despotique toujours en place (même si il prend cher, niveau taux de mortalité dans sa famille). Malgré tout, ca reste un film comme seuls les hong-kongais savent en faire avec de superbes images, construites sur des décors et des costumes sublimes où la couleur joue un rôle capital. Et les prouesses martiales de certains acteurs forcent l'admiration. Et Gong-Li en impératrice est magnifique. Bref, c'est du grand spectacle qui fait vibrer et voyager. On lui pardonnera donc beaucoup·
14 mai 2010
-> 2012 ou plus tard, ca finira bien par finir
Fini LA MORT DE LA TERRE
de J.H. Rosny Aîné.
Sous le pseudo de J.H
Rosny se cache en fait deux frères, Joseph-Henry et Séraphin-Justin
(...oui, je sais) Boex. Durant la dernière decennie du XIXéme
siècle et la première du XXéme, ils signeront sous ce nom de
nombreuses récits populaires. Les spécialistes s'accordent à dire
que c'est l'ainé, Joseph-Henry, qui était la pièce maitresse du
duo. Aussi, n'est-il pas étonnant que ce soit ces propres livres qui
soit restés à la postérité lorsque le couple artistique s'est
séparé en 1908, gardant le même pseudo, mais se différenciant par
un Aîné pour Joseph-Henry et un Jeune pour Séraphin-Justin (...
vraiment, ce prénom). J-H Rosny Ainé, c'est, en effet, avant tout
l'auteur de LA GUERRE DU FEU, roman que nombre d'écoliers français
ont dû croiser au cours de leurs passages sur les bancs de la
communale (et qui inspira également un excellent film à
Jean-Jacques Annaud). Mais Rosny Ainé est aussi connu pour avoir été
le précurseur de la science-fiction de langue française, ce qu'on
appellait à l'époque le merveilleux scientifique. Plus qu'un Jules
Verne qui se contentait d'extrapolations à partir de la science de
son temps, Rosny Ainé n'hesite pas à jouer avec l'imaginaire et
l'incroyable, évoquant aussi bien des êtres extra-terrestres que se
projetant dans le très lointain futur. Ce qui est le cas avec cette
MORT DE LA TERRE (publiées dans Annales politiques et littéraires
n°1405-1412 de mai à juillet 1910) où nous assistons au crépuscule
du règne des hommes. Frappé par de multiples catastrophes
naturelles (tremblement de terres, raréfaction de l'eau),
l'humanité, jadis florissante, productive, avancée se réduit
maintenant à quelques peuplades qui se concentrent autour de rares
oasis Les pages où Rosny Aîné décrit les évènements qui ont
conduit l'homme à sa perte sont assez surprenantes par leur coté
prémonitoire. La baisse du niveau des eaux, la disparition des
glaciers, sans mettre de nom dessus, sans même sans doute en
imaginer le processus, Joseph-Henry nous parle de réchauffement
climatique. Mieux, au détour d'un paragraphe, c'est littéralement
les OGM qu'il pressent.
« Même, elle [la population humaine] se flattait de vivre prochainement de produits organiques élaborés par les chimistes. Plusieurs fois, ce vieux rêve parut réalisé : chaque fois, d’étranges maladies ou des dégénérescences rapides décimèrent les groupes soumis aux expériences. Il fallut s’en tenir aux aliments qui nourrissaient l’homme depuis les premiers ancêtres. À la vérité, ces aliments subissaient de subtiles métamorphoses, tant du fait de l’élevage et de l’agriculture que du fait des manipulations savantes. Des rations réduites suffisaient à l’entretien d’un homme ; et les organes digestifs avaient accusé, en moins de cent siècles, une diminution notable, tandis que l’appareil respiratoire s’accroissait en raison directe de la raréfaction de l’atmosphère. »
Rosny Aîné est féru de science, pour autant, il ne tombe pas dans l'optimisme béat de Verne. La technologie ne peut pas tout et certainement pas sauver les hommes de leur destin. La conclusion de LA MORT DE LA TERRE est d'ailleurs tout à la fois d'une grande tristesse, mais aussi teinté d'une forme de fatalisme. Si l'humanité disparaît, probablement quelque chose d'autre apparaitra et pour Rosny Aîné, ce n'est ni bon, ni mauvais, c'est juste ce qui doit être. Qu'il tente de nous retracer la vie de nos lointains ancêtres ou qu'il essaye de brosser notre très lointain avenir, Rosny Aîné ne nous parle finalement que d'évolution, se faisant le représentant littéraire des théories de Darwin et Lamarck, avec une prose élégante et poétique.
10 mai 2010
-> Grindhouse
Allez, on se fait une spéciale Adaptation de comics, un double programme comme au temps des drive-in des années 50 avec en exploitation ce soir IRON MAN 2 et KICK-ASS.
IRON MAN, ca avait été
la bonne surprise de 2008. Film fun, décomplexé, jouant aussi bien
sur la carte des effets spéciaux à gogo que sur celui de l'humour
et du charisme de Robert Downey Jr. Un film qui ne pète pas plus
haut que son cul, mais qui délivre quand même son comptant
d'adrénaline et de divertissement. C'est dire si un IRON MAN 2
était plutôt attendu. Et attendu, ce deuxième opus l'est, mais
dans le sens où le scénario déroule de façon très convenue une
intrigue qui nous avait été déjà largement dévoilé par la
bande-annonce. Car si on a pour deux sous de jugeotte, la BA vous
donne quasiment en pâture la structure narrative du film. Ca
n'aurait pas été un problème si le réalisateur nous en avait
montré plus. Hélas, niveau action, on est très loin du compte. Il
y a, en tout et pour tout, trois scènes d'action qui sont toutes
décevantes. La première par sa rapidité (a peine le temps
d'enfiler l'armure portable que le vilain est à terre), la seconde
est ridicule et surtout n'a aucune motivation cohérente ou crédible
(si ce n'est que ca arrangeait le scénariste que ca se passe comme
ça), quand à la troisième, elle manque tout simplement d'envergure
(et pourtant, bordel, y avait de quoi faire avec la War Machine). Peu
de surprise donc, et même pas le plaisir de retrouver l'ambiance du
premier film. Certes, Downey Jr cabotine un maximum pendant la
première demi-heure, mais de façon assez mécanique, forcée par le
scénario là encore. La scène de l'audition face à la commission
sénatoriale est à ce titre assez exaspérante. Tony Stark y fait
assaut de bons mots, mais le cœur n'y est pas, car il n'y a pas
vraiment d'enjeu si ce n'est que le scénariste voulait qu'on
retrouve l'égoïste hautain qu'il n'est plus. Et tout est à
l'avenant. Rarement on aura autant vu les grosses ficelles du
scénario hollywoodien saucissonnées un film à ce point.
Prévisible, ne tenant absolument pas ses promesses (même Scarlett
Johansen en Black Widow est ridicule avec sa façon de poser après
chaque coup de tatane), ce deuxième opus est une vraie deception. Ca
se laisse regarder, c'est fun, y a des clins d'œil rigolo aux
comics (et aux futurs films Marvel), mais ca ne se laissera pas
revoir aussi agréablement que le premier.
Passons maintenant à
KICK-ASS. Lorsque Mark « J'ai écris les meilleurs comics du
monde ses dix dernières années et Hollywood est à mes pieds, mais
je reste très modeste » Millar et John « Mon second
creator-owned a quand même mieux marcher que GRAY AREA mais c'était
pas dur » Romita Jr ont lancé la mini-série KICK-ASS, ils
partaient d'un point de départ simple, mais redoutable. Imaginer ce
qui se passerait si un ado enfiler réellement une cagoule pour
combattre le crime dans la rue. Bien évidemment, tout le monde se
foutrait de sa gueule et il se ferait laminer par les premières
petites frappes qu'il croiserait. Mais ce serait toujours l'occasion
d'une satire rigolote des comics, de leurs codes et de leurs fans.
Sauf que quand on s'appelle Millar, on a de très bon pitchs, mais on
a tendance à les saloper en faisant de l'esbroufe. Et que je te fous
mon parti-pris de réalisme aux orties et que je te rajoute un
pseudo-Batman et une gamine super-héroïque qui peut faire des trucs
de tarés juste parce que elle s'est entraînées hyper-longtemps et
hyper-fort... bref, de quoi décrédibiliser tout le propos de
départ. Avec cette faiblesse inhérente à l'histoire, on ne peut
donc pas en vouloir à Matthew Vaughn, c'est dans l'intrigue de base,
il n'avait pas trop le choix. Malgré tout, force est de constater
qu'il a réussi à faire d'une force une faiblesse. Avec KICK-ASS, il
emballe aussi bien une comédie réussie qui caricature les grands
films de super-héros en détournant leurs codes (avec un gros
travail de pastiches musicales sur la BO, si vous avez l'oreille vous
reconnaîtrez sans mal des thèmes tirés de SPIDER-MAN ou des BATMAN
de Burton) qu'un puissant film d'action survolté et formellement
étonnant (il faut voir le gunfight assez hallucinant filmé du point
de vue de Hit Girl, comme si l'on jouait à un FPS sur console). Il
n'y a que la partie comédie adolescente qui est un peu foireuse avec
l'idylle entre le héros et la trop belle lycéenne auquel on peut
avoir du mal à adhérer. Pour le reste, KICK-ASS est un film assez
jouissif autant pour les familiers de comics que pour les
non-initiés. Une vraie bonne petite surprise. On espère donc qu'il
n'y aura pas de KICK-ASS 2 dans l'avenir.
06 avril 2010
Ces losers magnifiques
Le dernier samaritain - Bande annonce FR
envoyé par _Caprice_. - Regardez des web séries et des films.
Revu LE DERNIER SAMARITAIN de Tony Scott avec Bruce Willis. J'adore ce film. Ecrit par Shane Black, scénariste génial mais largement mesestimé, qui, sous couvert d'un buddy movie estivalier mode 80s, planque un vrai polar cynique sur la fin des héros. Entre le meilleur des flics devenu un privé pourri et l'ancienne idole du football américain devenu camé de luxe, ce sont les valeurs morales US qui en prennent un vieux coup. Mais les icônes de l'amérique triomphante, même décrépites, même englouties sous les magouilles politiques et financières, en ont encore sous le capot. Et surtout, elles gardent l'humour, car les dialogues sont un vrai bonheur de réparties cyniques et d'insultes à deux balles. Vraiment, un film largement sous-estimé à mon humble avis.
Vu aussi LA MERDITUDE DES CHOSES de Felix Von Groeningen. Attention, film belge. Donc forcément atypique, autre, déroutant. Voilà un pays qui est juste à coté du notre, mais qui, du point de vue du cinéma, bat la savane dans le plus lointain des territoires. Par certains cotès, voilà un métrage qui rappellera à certains le style des reportages façon STRIP TEASE, où la camera des journalistes allait régulierment suivre la vie de quelques cassos au fin fond du Nord-Pas-de-Calais, entre picole sur nappe à fleur et gros plan sur des neneus édentés. Içi aussi, on plonge dans une famille de marginaux. Gunther Strobbe, jeune écrivain qui a du mal à décoller, nous raconte son enfance passé avec son père dans la maison de sa grand-mère, qui accueille également ses trois oncles. Les quatres frères passent leur temps à glandouiller, baiser quand l'occasion se présente, et surtout, surtout, à boire, encore et encore. Le tout dans une ambiance de fierté et de complicité familliale. Du moins, en apparence. Car la violence, la jalousie, la honte rattrappe régulierement nos joyeux lurons. Et le jeune Gunther de se poser une question. Comment échapper à ce destin tout tracé de rejoindre la lignée des buveurs de la famille Strobbe ? Car c'est là que la fiction est plus efficace que n'importe lequel des reportages de STRIP TEASE. Derrière le portrait folklorique d'une belgique flamande pauvre et aviné se trouve une profonde reflexion sur les relations parents-enfants, sur l'éducation et la transmission. Qu'apprenons-nous à nos enfants ? Que leur lègue-ton ? Doit-on parfois s'effacer pour qu'il grandisse mieux ? Autant de questions que le film pose par petites touches, sous couvert de la farce ethylique. On l'a dit, un film belge.
04 avril 2010
-> Rencontre lexovienne
Hier, le dessinateur
Michaël Minerbe dédicaçait sa série CHESS (Les Humanoïdes
Associés) à la librairie La Plume au Vent. L'occasion de pousser un
petit cocorico car l'auteur est un lexovien de souche. L'occasion
également de parler de ce diptyque qu'est CHESS, scénarisé par les
frères Bruno et Sylvain Ricard.
Christof Anatoli Dorvechess, dit
Chess, est un ancien des Forces Spéciales devenu mercenaire. Dans un
futur proche où un
astéroïde a rayé les Etats-Unis de la carte,
il se vend au plus offrant, aussi bien à la pègre qu'aux nouvelles
puissances, le monde arabe et la Chine communiste. Sa nouvelle
mission, au début de l'intrigue, l'amene à attaqué un camp
militaire où est détenu un jeune garçon que de nombreuses factions
semblent convoitées. Flairant le bon coup financier, mais ignorant
tout à son sujet, il embarque le môme pour une longue fuite à
travers l'Asie Centrale, devenant ainsi le pion d'une partie d'échecs
grandeur nature entre un espion arabe et un général chinois.
Sur
un pitch qui rappelle furieusement le BABYLON BABIES de Dantec, les
frères Ricard file la métaphore entre espionnage et jeu d'échecs
(rappelons, pour les non-anglophiles, que Chess est le nom des échecs
en anglois). Le rapprochement s'effectue plutôt de belle façon dans
le premier tome où l'action et les manigances politiques s
e
répondent de manière efficace. Le deuxième tome verra
malheureusement le délitement de ce procédé avec une intrigue qui
s'effiloche au fil des pages, pour expédier le final en quelques
coups de cuillère à pot dans la dernière ligne droite. Cette
conclusion hâtive s'explique sans doute par les problèmes qu'ont
connus les Humanos l'année dernière, forcant vraisemblablement les
scénaristes à boucler rapidement une histoire prévue pour s'étaler
sur un plus grand nombre de tomes. Entre une série inachevé et une
série trop vite conclue, il a sans doute fallu choisir. En tout cas,
il faut admettre que la précipitation se sent également sur le
dessin, dans les dernières pages du second opus. Un dessin qui, par
ailleurs, vaut largement le coup. J'ai d'ailleurs pu agréablement
échanger avec le dessinateur à ce sujet hier. Il expliquait avoir
opté pour deux techniques différentes d'encrage entre les deux
tomes. L'un au Rotring, plus carré, l'autre au pinceau, plus délié.
J'avoue, au final, une petite préférence pour le premier, peut-être
moins séduisant au premier coup d'œil, mais qui installe une
agréable ambiance de paranoia froide, idéale pour ce g
enre de
thriller. Pour autant, avouons que le monsieur est talentueux avec un
crayon en main et je ne résiste pas à l'envie de vous montrer ma
dédicace. Et de vous inviter à surveiller son nom dans les
librairies dans les prochains mois.
03 avril 2010
Fantaisies héroïques
Lu SECRET INVASION HS #2
consacré à Thor. Il y a d'abord la mini-série en 3 épisodes
SECRET INVASION: THOR de Matt Fraction et Doug Braithwaite. Une très
agréable surprise. C'est joliment dessiné, mais c'est pas vraiment
étonnant de la part de Braithwaite. Ce qui a été vraiment
surprenant, c'est la partie écriture. Sur un canevas relativement
simpliste (les Skrulls envahissent Asgard), Fraction brode une belle
histoire d'amitié et d'héroïsme. Thor retrouve en effet son frères
d'arme, Beta Ray Bill, disparu depuis longtemps. Bill va faire preuve
d'un grand courage en défendant le royaume de Thor pendant que
celui-çi va tenir une promesse faite à une terrienne. L'équilibre
entre le coté grandiloquent des scènes de bataille et l'intimisme
d'un accouchement au fond d'une cave est un des atouts attachants du
récit du scénar
iste. Entre le courage des fiers guerriers
asgardiens et la solidarité des petites gens qui entourent le
royaume des Dieux, les Skrulls n'ont en fait aucune chance. Fraction
opte pour un récit à la troisième personne et son travail sur la
voix-off rend parfaitement le coté épique de la bataille, comme une
vieille chanson de geste. Seul regret, la fin un peu expédié où
Beta Ray Bill disparaît du tableau de façon un peu arbitraire,
style « j'ai laissé le gaz allumé à l'autre bout de l'univers
alors qu'il y a la guerre sur Terre » . Dommage. Fraction a
également signé trois numéros spéciaux de Thor qui ont été
reçus avec enthousiasme, si bien qu'il a été nommé prochain
scénariste de la série régulière. Avec cette mini-série, je suis
très enclin à tenter l'aventure avec lui, d'autant qu'il sera
accompagné du dessinateur Pascual Ferry. Je pars donc super
confiant.
En complément de la
mini-série, un one shot écrit et dessiné par Alan Davis, THOR:
TRUTH OF HISTORY. Comme toujours avec Davis, c'est du pur régal
aussi bien pour les dessins que pour l'histoire. Graphiquement, on a
l'impression de retrouver la période où Thor était dessiné par
John Buscema. Niveau scénario, là encore, l'intrigue n'est pas
originale pour deux sous, mais tout est dans la manière de raconter,
avec ce qu'il faut d'action, de caractérisation des personnages et
d'humour (cf. les deux archéologues qui ont les tronches de Laurel
et Hardy). Comme toujours, chez Davis, l'histoire suit son cours de
façon fluide, sans accroc. Du vrai plaisir de BD quoi.
16 mars 2010
-> La vérité si tu mens
Tombé hier sur LA VÉRITÉ d'Henri-Georges Clouzot sur Arte. Je n'avais pas prévu de le regarder, comme quoi, même un film de 1960 en N&B peut vous happer. Un film formidable qui voit une jeune femme confrontée aux jugements de ses pairs. Pour les uns, c'est une jeune femme devergondées aux moeurs dissolues qui a tué son amant par pure jalousie. Pour les autres, c'est une jeune fille déboussolée, éperdument amoureux d'un homme qui la conduira à le tuer accidentellement. Les deux visions s'affrontent au cour d'un passionnant débat dans un tribunal. Clouzot et ses formidables acteurs (Brigitte Bardot, Samy Frey, Paul Meurisse, Charles Vanel, tous exceptionnels) parviennent à un sacré tour de force puisqu'ils arrivent, tour à tour, à nous faire croire à la vérité de l'une ou l'autre des hypothèses, au fil des témoignages (tous contestables) et des plaidoieries (magnifiquement retorses). Le titre du film est en effet un contre-emploi total, car de vérité, il n'y en aura pas à l'issu des audiences. Le spectateur sera laissé seul avec son avis, comme un juré seul avec son intime conviction.
25 septembre 2009
FAKER de Mike Carey et Jock
Faker est une mini-série en six
épisodes, parue chez le label adulte de DC Comics, Vertigo. C'est à
deux poids lourds du label qu'on la doit. Mike Carey sortait à
l'époque d'un long run sur LUCIFER et écrivait HELLBLAZER tout en
commençant à faire son trou chez Marvel. Le dessinateur anglais
Jock, lui, venait de terminer l'acclamée série LOSERS. Ca aurait
pu être l'ouvree de la consecration. Hélas, on doit noter comme une
grosse déception au final.
FAKER nous raconte l'histoire d'un
groupe de jeunes étudiants d'une université du Middle West
américain qui partage la même maison. Il y a là Jessica Kidby, une
entreprenante jeune femme qui sait user de ses charmes pour manipuler
et arriver à ses fins. A ses cotés, on rencontre également Yvonne,
une hacker sexy. Chez les garçons, il y a Sack, qui est à
l'université grâce à une bourse sportive et qui doute de lui depuis qu'il a appris qu'il était en fait le fils de l'amant de sa
mère. Et pour terminer, Marky, mec déluré et nymphomane, qui
assume sa bisexualité. Après les vacances d'hiver, tout ce petit
monde se retrouve au sein d'une fête organisée au sein de la fac.
Le petit groupe s'isole pour prolonger la fête dans un
laboratoire. Mais la biture party va avoir des conséquences
désastreuses.
En effet, au réveil, nos quatre amis retrouvent leur cinquième locataire, Nick Philo. Garçon sage et intelligent, bien sous tout rapport et toujours de bon conseil, il joue un rôle de tempérance et de médiateur dans le petit groupe. Mais très, vite, un malaise s'installe. A part ses quatre compagnons, personne ne semble connaître Nick Philo. A l'université comme à son ancien travail et même une ex. Et l'histoire prend un tour encore plus horrible lorsque Nick commence à se decomposer dans sa chambre. Pour nos amis, les faits de relient et la vérité se fait jour. Nick n'a tout simplement jamais exister. Pire, il est même le produit de leurs quatre imaginations réunies. En enquêtant, Marky découvre que le labo où ils ont fait la fête est le lieu d'expériences nouvelles. Et qu'un produit répondant au doux nom d'Angel Kiss pourrait bien être à l'origine de leurs soucis.
On n'ira pas plus loin pour déflorer
la fin, mais aussi pour marquer que c'est à ce moment que le
scénariste nous perd un peu. En effet, lorsque Carey nous présente
ses personnages, il excelle vraiment dans leur caractérisation.
Chacun ont leurs passés et leurs failles, leurs qualités et leurs
défauts, qui nous les rendent éminemment sympathiques. On prend
plaisir à les voir évoluer et à suivre leurs relations. Mais, dès
que le mystère d'Angel Kiss se fait jour et qu'on abandonne la vie
quotidienne du petit cercle, on décroche. Carey nous embarque en
effet dans une histoire de projet gouvernemental façon X-Files. Cela
a certes le mérite de fournir une explication et de fournir
artificiellement un peu d'action. Mais, au final, cependant, cette
explication enlève tout charme horrifique à ce que Carey avait
commencer à nous raconter. Pire, il n'en profite pas pour faire
évoluer ses personnages, qui restent dans les clous établis depuis
le début. Et les inévitables morts, du coup, ne gagnent rien en
impact émotionnel. C'est un peu de l'écriture en mode automatique
auquel on assiste dans le dernier acte de l'histoire. Et la
conclusion n'apporte pas grand chose, si ce n'est un peu de cynisme
de bas étage.
Après une première partie de haute
volée, l'histoire est donc une semi-déception d'un point de vue
scénaristique. D'un point
de vue graphique, par contre, c'est une
déception totale. Jock nous avait éblouit dans LOSERS par son
storytelling maîtrisé, sa gestion des ombres et ses angles de vue
de fou. Ici, c'est à un véritable bâclage auquel on a droit. La
narration est parfois fouillie, les personnages tout simplement pas
reconnaissables à certains moments. Les angles de vue restent très
sage et l'encrage semble, surtout vers la fin, avoir été barbouillé
en quatrième vitesse. Un très bon scénariste qui se perd en cours
d'histoire, un brillant dessinateur qui semble avoir été peu
inspiré par le sujet, c'est un peu le triste constat que l'on peut
faire sur FAKER. Cette mini-série démontre que l'on peut réunir
les meilleurs auteurs du monde, on aura pas forcément le meilleur
comics qui soit. Ici, l'alchimie ne s'est visiblement pas fait.







